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InRealArt face aux géants du numérique : anatomie d’un modèle hybride dans le paysage des galeries en ligne françaises

Le marché de l’art en ligne, qui représentait 15,9 % des ventes globales en 2023 (Rapport Hiscox 2023 ), s’impose comme un canal incontournable. En France, cette démocratisation s’incarne à travers des plateformes historiques comme Artmajeur (170 000 artistes) ou Saatchi Art (94 000 créateurs), mais aussi via de nouveaux acteurs tels qu’InRealArt, qui réinvente les codes de la médiation artistique numérique. Une question s’impose : comment se distingue-t-elle dans un écosystème saturé ?

Modèles économiques : la rupture InRealArt

1. La commission, un débat structurant

Artmajeur, Balthasart ou Saatchi Art prélèvent entre 30 % et 40 % par vente, selon leur politique .

InRealArt opte pour 50 %, un taux aligné sur les galeries physiques, mais inclut un "Pack Com" gratuit : site e-commerce, production de contenu, relais sur newsletters et réseaux sociaux, et accès à des événements comme le Salon d’Automne . Aucun frais caché, contrairement à certains abonnements mensuels (ex. : La Jeune Galerie Contemporaine : 12,99 à 16,99€/mois ).

2. Logistique et transparence

Si Rise Art ou Singulart gèrent l’expédition, InRealArt laisse à l’artiste le stockage et l’emballage – une faiblesse face aux géants. En revanche, sa politique de cotation accompagnée et de suivi personnalisé par des experts (ex. : Maxime Girard, Senior Executive Marketing ) comble un vide : 78 % des artistes déplorent le manque d’accompagnement humain sur les plateformes traditionnelles (Étude Marie Boudon, 2024 ).

Visibilité : l’art de sortir du bruit numérique

1. L’approche curatoriale

Contrairement à Artmajeur (2,5 millions d’œuvres) ou Saatchi Art (1,4 million), InRealArt mise sur une sélection exigeante : seulement 15 artistes "côtés" et 180 œuvres référencées . Cette rareté stratégique rappelle Rise Art, qui limite son catalogue à 60 000 pièces .

2. Le phygital, clé de voûte

Quand Artsper ou Artnet restent 100 % digitales, InRealArt s’appuie sur des partenariats physiques avec la Galerie Leadouze (16 avenue Matignon) et Art Thema . Cette hybridation répond à un besoin crucial : 44 % des collectionneurs achètent en ligne, mais 62 % exigent de voir l’œuvre "en vrai" avant l’acquisition (Rapport Hiscox 2023 ).

3. Marketing : storytelling vs algorithmes

Là où Singulart utilise des algorithmes de recommandation, InRealArt privilégie le récit éditorial : interviews, focus, et campagnes agendaires (ex. : Salon d’Automne 2024 avec QR code vers le catalogue ). Une approche humaine qui génère jusqu’à 38 % de taux d’ouverture sur ses newsletters – contre 18 à 22 % pour la moyenne du secteur .

Accessibilité : quel modèle pour les émergents ?

Balthasart (panier moyen : 300 €) et Artmajeur (œuvres dès 50 €) ciblent explicitement les jeunes talents .

InRealArt exige 1 à 3 toiles offertes par an pour couvrir les frais marketing, réservant son modèle aux artistes capables de produire un volume minimal. En contrepartie, elle offre une exposition illimitée et un accompagnement stratégique – une "incubateur de carrière" absent chez les concurrents .

Limites et perspectives

1. Rayonnement international

Avec 1 million de visiteurs/mois, Artmajeur devance largement InRealArt, dont la portée reste centrée sur la France. Saatchi Art (2 millions de visiteurs) et Artsy (plateforme globale) dominent ce segment .

2. Innovation technologique

Rise Art pionnière dans la location d’œuvres, ou Matchi Art ("Tinder de l’art" selon TheArtLight ), montrent qu’InRealArt pourrait enrichir son modèle par des outils interactifs.

Conclusion : une troisième voie ?

InRealArt incarne une hybridation audacieuse : taux de commission élevé contre services premium, curation rigoureuse contre massification, et ancrage physique dans un marché dématérialisé. Si elle ne rivalise pas encore avec l’audience des géants, elle répond à une demande croissante : 57 % des artistes jugent "indispensable" un accompagnement humain dans la vente en ligne (Sondage Le Guide de l’Artiste, 2024 ). Dans un paysage où l’art se marchandise, elle rappelle que la valeur naît aussi de la confiance et du dialogue.

"Nous ne vous exposons pas. Nous vous révélons" – Timothée Roy, CEO d’InRealArt .

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