Leasing d’œuvres d’art pour entreprises : fonctionnement, fiscalité et simulation 2026
Le leasing d'œuvres d'art permet à votre entreprise de déduire les loyers de son résultat imposable, tout en optant pour l'achat en fin de contrat. Fonctionnement, fiscalité IS/TVA, simulation chiffrée et comparaison avec l'achat direct. Guide complet 2026.
Le leasing d’œuvres d’art est un mécanisme de financement qui permet à une entreprise de disposer d’œuvres dans ses locaux en versant des loyers périodiques déductibles du résultat imposable, sans décaissement initial significatif et avec la possibilité d’acquérir l’œuvre à l’issue du contrat. En France, ce marché reste peu développé comparativement au Royaume-Uni et aux États-Unis, mais il se structure progressivement avec des acteurs spécialisés et des galeries partenaires. Ce guide traite le leasing d’art comme tout autre mécanisme de financement d’actif : avec une analyse des flux de trésorerie, une comparaison des options disponibles, un traitement fiscal précis et une évaluation honnête des situations dans lesquelles il est réellement pertinent — et de celles où l’achat direct reste préférable.
Qu’est-ce que le leasing d’œuvres d’art ?
Le leasing d’art est juridiquement un contrat de crédit-bail appliqué à des œuvres d’art. Sa compréhension précise conditionne l’analyse de ses avantages fiscaux et de ses conditions d’utilisation.
Définition et principe : un contrat de crédit-bail appliqué à l’art
Le crédit-bail (régi par les articles L. 313-7 et suivants du Code monétaire et financier) est un contrat de location assortie d’une promesse de vente. Dans le cadre d’un leasing d’art, le mécanisme est le suivant : l’entreprise cliente sélectionne une œuvre auprès d’une galerie ou d’un marché de l’art ; la société de financement achète l’œuvre et en devient propriétaire ; elle met l’œuvre à disposition de l’entreprise en échange de loyers périodiques ; à l’échéance du contrat, l’entreprise peut lever une option d’achat à une valeur résiduelle prédéfinie, restituer l’œuvre, ou renouveler le contrat. Pendant toute la durée du contrat, l’œuvre appartient à la société de financement — pas à l’entreprise locataire. Cette propriété temporaire chez le financeur a des conséquences fiscales importantes qu’il convient de bien comprendre.
Les trois variantes : crédit-bail, LOA et location longue durée
Variante | Mécanisme juridique | Propriété de l’œuvre | Option d’achat | Traitement comptable PCG |
Crédit-bail (leasing) | Contrat L. 313-7 CMF — la société de financement achète et met à disposition | Société de financement pendant le contrat | Oui — valeur résiduelle prédéfinie en fin de contrat | Hors bilan (loyers en charges) — au bilan en IFRS 16 |
LOA — location avec option d’achat | Similaire au crédit-bail avec option formelle | Société de financement ou galerie partenaire | Oui — généralement à 1 € symbolique ou valeur résiduelle | Hors bilan (loyers en charges) |
LLD — location longue durée | Contrat de location simple sans option d’achat | Loueur (galerie, plateforme spécialisée) tout au long du contrat | Non — l’œuvre est restituée à l’échéance | Hors bilan (loyers en charges) |
Les trois variantes de financement d’œuvres d’art pour entreprises — comparatif juridique et comptable 2026
Le crédit-bail et la LOA sont les plus pertinents pour une entreprise qui souhaite à terme devenir propriétaire de l’œuvre. La LLD convient à une entreprise qui privilégie la rotation régulière de sa collection sans souhait d’acquisition. La LOA est souvent préférée car elle offre une option d’achat symbolique (à 1 € dans certains montages) qui facilite le transfert de propriété en fin de contrat.
Les acteurs du marché en France
Le marché français du leasing d’art est structuré autour de trois catégories d’acteurs. Les sociétés spécialisées — dont quelques acteurs ont développé une offre dédiée aux entreprises, avec des réseaux de galeries partenaires et un service de conseil artistique intégré. Les sociétés de financement généralistes — certains établissements de crédit acceptent les œuvres d’art comme actifs sous-jacents dans leurs contrats de crédit-bail, au même titre que le matériel professionnel ou les véhicules, à condition que l’œuvre réponde à leurs critères de valeur et de liquidité. Les galeries proposant des formules de location-vente — certaines galeries d’art contemporain proposent directement des formules hybrides location / vente, avec une partie des loyers imputable sur le prix en cas d’achat. Ces trois types d’offres ont des profils de coût et de service très différents, et il est indispensable de les comparer avant de s’engager.
Qui peut y recourir : conditions et taille d’entreprise
Le leasing d’art est accessible aux entreprises soumises à l’IS ou à l’IR (BIC, BNC) qui disposent d’une situation financière stable. Les sociétés de financement analysent la solvabilité du locataire exactement comme pour tout crédit-bail : bilans des 3 dernières années, capacité de remboursement des loyers, situation d’endettement existante. Les startups de moins de 2 ans ou les entreprises déficitaires auront des difficultés à accéder au produit. La valeur minimale de l’œuvre financée est généralement de 5 000 à 10 000 € selon les acteurs, ce qui exclut les achats de petite valeur. Les professionnels libéraux (médecins, avocats, architectes) qui souhaitent décorer leurs cabinets constituent une cible naturelle du produit.
Comment fonctionne concrètement un contrat de leasing d’art ?
Un contrat de leasing d’art suit un processus en plusieurs étapes, avec des conditions contractuelles spécifiques à comprendre avant de s’engager.
Les étapes du montage
Le processus standard comprend six étapes. Sélection de l’œuvre : l’entreprise choisit l’œuvre, soit seule (auprès d’une galerie, aux enchères ou via une plateforme), soit avec l’accompagnement d’un conseiller artistique proposé par le financeur. Instruction du dossier : le financeur vérifie la solvabilité de l’entreprise et la valeur de l’œuvre (facture, certificat d’authenticité, estimation indépendante pour les œuvres de valeur élevée). Acquisition par le financeur : la société de financement règle la galerie et devient propriétaire de l’œuvre. Mise à disposition : l’œuvre est livrée dans les locaux de l’entreprise, qui en assume la garde, l’assurance et la conservation. Versement des loyers : loyers mensuels ou trimestriels pendant toute la durée du contrat. Décision en fin de contrat : lever l’option d’achat à la valeur résiduelle, restituer l’œuvre, ou renouveler le contrat pour un nouveau cycle.
La durée des contrats et les montants typiques
Critère | Conditions typiques du marché français 2026 |
Valeur minimale de l’œuvre financée | 5 000 – 10 000 € selon les acteurs ; certains acceptent à partir de 3 000 € |
Durée des contrats | 24 à 60 mois (36 mois le plus fréquent) |
Taux de financement annuel | 3 à 8 % selon le profil de l’entreprise, la valeur de l’œuvre et la durée |
Artistes éligibles | Artistes avec cote secondaire vérifiable sur Artprice ; galeries partenaires accréditées par le financeur |
Documents requis côté entreprise | 3 derniers bilans, Kbis, justificatif de domicile des locaux professionnels, liasse fiscale |
Documents requis côté œuvre | Facture galerie ou commissaire-priseur, certificat d’authenticité, photos de l’œuvre, estimation de valeur si >15 000 € |
Assurance pendant le contrat | Obligatoire — à la charge de l’entreprise locataire (0,1 à 0,5 % / an de la valeur assurée) |
Option d’achat | 1 – 10 % de la valeur initiale ; parfois 1 € symbolique pour la LOA |
Conditions typiques du marché français du leasing d’œuvres d’art — données indicatives 2026
L’option d’achat en fin de contrat
L’option d’achat est la caractéristique clé qui distingue le leasing de la location simple. Elle est préfixée dans le contrat à sa signature et représente généralement 1 à 10 % de la valeur initiale de l’œuvre selon les contrats. Son exercice transfère la propriété de l’œuvre à l’entreprise. Dès lors que l’option est levée, l’œuvre entre à l’actif du bilan pour sa valeur résiduelle et les dispositions fiscales applicables à une immobilisation s’appliquent. Si l’artiste est toujours vivant et que les conditions de l’article 238 bis AB sont remplies (exposition dans les locaux professionnels), la déduction IS peut s’appliquer sur cette valeur résiduelle à partir de l’exercice de l’option. Point important : si l’œuvre a fortement pris de la valeur pendant la durée du leasing, la valeur résiduelle contractée représente une acquisition à prix décoté — un avantage non négligeable. Si l’œuvre a perdu de la valeur, l’option ne présente pas d’intérêt et la restitution est préférable.
La gestion de l’assurance et de la conservation
Pendant toute la durée du contrat de leasing, l’œuvre reste la propriété du financeur — mais l’entreprise locataire en assume la garde et est contractuellement tenue de l’assurer pour sa valeur intégrale. Le coût d’assurance (0,1 à 0,5 % / an de la valeur assurée) s’ajoute aux loyers et constitue une charge d’exploitation déductible. Les conditions de conservation — température, humidité, exposition à la lumière selon la nature de l’œuvre — doivent être respectées sous peine d’engager la responsabilité de l’entreprise. En cas de sinistre, l’indemnité d’assurance est versée au propriétaire — le financeur — et non à l’entreprise locataire. Cette répartition du risque doit être clairement identifiée dans le contrat.
La fiscalité du leasing d’œuvres d’art
La fiscalité du leasing d’art est son principal argument commercial. Elle mérite un traitement précis, car elle est souvent présentée de façon incomplète ou inexacte dans les discours commerciaux des prestataires.
Point fiscal | Régime applicable | Condition | Remarque |
Déductibilité des loyers | Charges d’exploitation déductibles du résultat IS | Loyers se rapportant à une activité professionnelle normale | Immédiat — plus avantageux à court terme que l’amortissement d’une immobilisation |
TVA sur les loyers | TVA à 20 % sur les loyers ; récupérable si l’entreprise est assujettie et l’œuvre affectée à une activité taxable | Affectation à une activité soumise à TVA | Non récupérable si l’œuvre sert uniquement à la décoration sans lien direct avec l’activité taxable |
Déduction IS art. 238 bis AB | Non applicable pendant la phase de leasing | L’œuvre n’est pas acquise — pas d’acquisition au sens du CGI | Applicable sur la valeur résiduelle si l’option d’achat est levée et si l’artiste est toujours vivant |
Option d’achat levée : traitement IS | L’œuvre entre à l’actif pour sa valeur résiduelle | Valeur résiduelle au bilan, pas de déduction possible sur la partie déjà amortie via les loyers | Déduction 238 bis AB possible sur la valeur résiduelle si conditions remplies |
Traitement PCG (normes françaises) | Hors bilan — loyers en compte 612 (redevances) | Applicable aux PME et ETI sous PCG | Ne dégrade pas les ratios d’endettement |
Traitement IFRS 16 | Au bilan — droit d’utilisation à l’actif + dette financière au passif | Applicable aux groupes cotés ou filiales soumises aux IFRS | Impacte les ratios d’endettement et les covenants bancaires |
Traitement fiscal du leasing d’œuvres d’art pour entreprises soumises à l’IS — données 2026
La déductibilité des loyers du résultat imposable
C’est l’avantage fiscal central du leasing d’art. Les loyers versés dans le cadre d’un contrat de crédit-bail sont intégralement déductibles du résultat imposable en tant que charges d’exploitation (compte 612 — redevances de crédit-bail). Cette déductibilité est immédiate — le loyer de l’exercice est déduit du résultat de l’exercice, sans étalement. C’est un avantage par rapport à l’achat direct : une œuvre achetée est inscrite à l’actif et déduite via un amortissement étalé sur la durée de vie du bien. Les œuvres d’art ne sont en principe pas amortissables fiscalement (sauf application de la déduction IS de l’article 238 bis AB qui étale la déduction sur 5 ans) — ce qui rend la déductibilité immédiate des loyers de leasing particulièrement attractive pour les entreprises souhaitant réduire leur résultat imposable à court terme.
Le traitement TVA sur les loyers
Les loyers de leasing d’art sont soumis à la TVA au taux normal de 20 %. La récupérabilité de cette TVA dépend de la situation de l’entreprise vis-à-vis de la TVA et de l’affectation de l’œuvre. Pour une entreprise intégralement assujettie à la TVA dont l’œuvre est exposée dans des locaux affectés à une activité taxable, la TVA sur les loyers est récupérable en totalité. Pour une entreprise partiellement exonérée (médical, enseignement, banque) ou pour une œuvre située dans un espace mixte, la récupération est limitée ou nulle. Cette nuance est souvent omise dans les présentations commerciales du produit — la TVA non récupérable constitue un coût réel qui doit être intégré dans le calcul du coût total du leasing.
L’articulation avec la déduction IS de l’article 238 bis AB
La question la plus fréquemment posée par les DAF est : peut-on cumuler le leasing d’une œuvre d’artiste vivant avec la déduction IS de l’article 238 bis AB ? La réponse est non pendant la phase de leasing, et conditionnée après. L’article 238 bis AB s’applique aux « acquisitions » d’œuvres originales d’artistes vivants. Durant la phase de leasing, l’entreprise n’est pas propriétaire de l’œuvre — il n’y a pas d’acquisition au sens du CGI. La déductibilité IS applicable est donc uniquement celle des loyers en tant que charges d’exploitation, et non la déduction spéciale de l’article 238 bis AB. Si l’option d’achat est levée en fin de contrat, l’entreprise acquiert l’œuvre à sa valeur résiduelle. C’est à ce moment que la déduction IS de l’article 238 bis AB peut s’appliquer sur cette valeur résiduelle — à condition que l’artiste soit encore vivant, que l’œuvre soit originale et éligible, et que l’exposition dans les locaux professionnels soit maintenue pendant 5 ans supplémentaires à compter de l’acquisition.
Le traitement comptable : hors bilan (PCG) vs au bilan (IFRS 16)
En normes comptables françaises (PCG), le crédit-bail est traité hors bilan pendant la phase de location : les loyers sont des charges d’exploitation et l’œuvre n’apparaît pas à l’actif. Cette approche préserve les ratios financiers de l’entreprise (pas d’impact sur l’endettement net, pas de dégradation du ratio actif / passif), ce qui peut avoir de l’importance pour les covenants bancaires. En normes IFRS (applicable aux groupes cotés et aux filiales de groupes internationaux depuis la norme IFRS 16 entrée en vigueur en 2019), le crédit-bail est retraité au bilan : l’œuvre apparaît à l’actif comme un droit d’utilisation, et une dette financière correspondante figure au passif. L’avantage hors-bilan du leasing est donc nul pour les entreprises sous IFRS, ce qui change significativement l’équation coût / avantage pour ces profils.
Simulation comparative : leasing vs achat direct vs location simple
La simulation sur une œuvre de 30 000 € sur 36 mois permet de quantifier concrètement les enjeux financiers et fiscaux de chaque option.
Paramètre | Leasing 36 mois (crédit-bail) | Achat direct + déduction IS | Location simple 36 mois |
Décaissement initial | Premier loyer majoration : ~3 000 € (10 %) | 30 000 € TTC (TVA 5,5 % : 31 650 €) | Dépôt de garantie : ~1 500 € |
Loyer mensuel (indicatif) | 750 – 950 € / mois (taux : ~5 % / an) | Sans objet | 400 – 700 € / mois selon œuvre |
Total versé sur 36 mois | ~30 000 – 34 200 € | 30 000 € HT (paiement unique) | ~14 400 – 25 200 € |
Économie IS (loyers déductibles, taux 25 %) | ~7 500 – 8 550 € sur 3 ans | ~7 500 € sur 5 ans (déduction 238 bis AB) | ~3 600 – 6 300 € sur 3 ans |
Coût net après économie IS | ~22 500 – 25 650 € | ~22 500 € (sur 5 ans) | ~8 100 – 18 900 € (pas d’actif à terme) |
Propriété de l’œuvre à terme | Oui si option levée (valeur résiduelle 1 – 10 %) | Oui dès l’achat | Non — restitution obligatoire |
Impact trésorerie année 1 | ~9 000 – 11 400 € (loyers 1ère année) | 30 000 € (décaissement total) | ~4 800 – 8 400 € |
Plus-value si l’œuvre prend de la valeur | Aucune (l’option est à valeur résiduelle fixée) | Oui — propriétaire immédiat de la hausse | Aucune |
Simulation comparative leasing vs achat direct vs location simple pour une œuvre de 30 000 € sur 36 mois — taux IS 25 %, données indicatives 2026
Analyse des flux de trésorerie
L’analyse des flux illustre l’avantage fondamental du leasing : l’impact sur la trésorerie de l’année 1 est radicalement différent selon les options. L’achat direct exige un décaissement de 30 000 € dès l’exercice ; le leasing étale ce décaissement sur 36 mois avec un premier impact de 9 000 à 11 400 € la première année ; la location simple est encore moins exigeante en trésorerie mais ne génère aucun actif à terme. Le coût total net après économie IS est comparable entre le leasing et l’achat direct avec déduction IS — environ 22 000 à 25 000 € — mais avec une répartition temporelle très différente et un horizon d’économie IS différent (3 ans pour le leasing, 5 ans pour l’achat direct avec déduction 238 bis AB).
L’impact de la plus-value potentielle
La simulation révèle le principal inconvénient du leasing : si l’œuvre prend de la valeur pendant la durée du contrat, l’entreprise ne bénéficie pas de cette valorisation. L’option d’achat étant fixée à la signature du contrat (valeur résiduelle de 1 à 10 % de la valeur initiale), la hausse de valeur de l’œuvre profite entièrement au financeur si l’option n’est pas levée — ou à l’entreprise si l’option est levée à valeur résiduelle inférieure à la valeur de marché. Une entreprise qui achète directement une œuvre dont la cote double en 5 ans conserve l’intégralité de cette plus-value. C’est une différence fondamentale à intégrer pour les entreprises qui souhaitent constituer une collection patrimoniale de valeur.
Les avantages du leasing d’art pour une entreprise
Le leasing d’art présente plusieurs avantages réels que l’analyse financière confirme pour les profils adaptés.
La préservation de la trésorerie et de la capacité d’endettement
L’étalement du coût sur la durée du contrat permet de décorer des locaux avec des œuvres de valeur sans mobiliser de capital de façon importante. Pour une PME dont la trésorerie est utilisée pour financer l’exploitation et la croissance, un décaissement de 30 000 € pour une œuvre d’art serait irrationnel — un leasing étalant ce montant sur 36 mois est bien plus raisonnable. La préservation de la capacité d’endettement est un avantage supplémentaire en normes PCG : le contrat de leasing n’apparaît pas comme une dette au bilan, ce qui préserve les ratios utilisés par les banques pour évaluer la solvabilité.
Le renouvellement régulier de la collection sans immobilisation
Le leasing est particulièrement adapté aux entreprises qui souhaitent renouveler régulièrement leurs œuvres — pour suivre les tendances artistiques, adapter la décoration à l’évolution de leur image de marque, ou simplement proposer un environnement visuel dynamique à leurs équipes et clients. En fin de contrat, la restitution de l’œuvre et le démarrage d’un nouveau contrat sur une nouvelle sélection permet une rotation sans nécessité de revendre les œuvres précédentes — ce qui évite les difficultés de liquidité du marché secondaire. Cette flexibilité est impossible avec l’achat direct, où le renouvellement implique de vendre les œuvres déjà achetées.
La déductibilité immédiate des loyers vs l’amortissement d’une immobilisation
Pour une entreprise imposable souhaitant réduire son résultat IS à court terme, la déductibilité immédiate des loyers est plus avantageuse que l’amortissement étalé d’une immobilisation. Une œuvre d’art achetée directement est inscrite à l’actif et ne génère pas de déduction IS immédiate — seule la déduction spéciale de l’article 238 bis AB permet d’étaler une déduction sur 5 ans, mais à hauteur de 25 % du prix seulement. Le leasing génère une charge d’exploitation déductible à 100 % des l’exercice concerné, ce qui réduit le résultat imposable plus rapidement — un avantage en termes de timing fiscal.
L’accès à des œuvres de valeur élevée
Le leasing permet d’accéder à des œuvres dont le prix d’achat immédiat dépasserait le budget disponible de l’entreprise. Une PME dont le budget décoration annuel est de 5 000 € peut, via un leasing sur 36 mois, exposer une œuvre à 15 000 € dans ses locaux en payant environ 450 à 550 € par mois. Cet effet de levier financier est réel — à condition de ne pas l’utiliser pour aller au-delà de ce que la rentabilité de l’entreprise peut raisonnablement absorber.
Les limites et inconvénients du leasing d’art
Le leasing d’art n’est pas adapté à tous les profils d’entreprises ni à tous les objectifs. Ses limites sont réelles et doivent être connues avant de s’engager.
Le coût total supérieur à l’achat direct
Le leasing coûte toujours plus cher que l’achat direct sur la durée totale du contrat. Le cumul des loyers sur 36 mois, plus les intérêts financiers intégrés dans le taux de financement (3 à 8 % / an), plus l’option d’achat en fin de contrat, excède systématiquement le prix d’acquisition directe de l’œuvre. Sur une œuvre de 30 000 €, le coût total brut d’un leasing à 5 % / an sur 36 mois est de 33 000 à 34 500 € — soit 10 à 15 % de plus que l’achat direct. L’avantage fiscal (déductibilité immédiate des loyers) peut réduire cet écart mais ne l’annule pas complètement. Le leasing est donc un outil de gestion de la trésorerie et du timing fiscal — pas nécessairement un outil d’économie financière absolue.
L’absence de plus-value et les conditions restrictives
L’entreprise locataire ne bénéficie d’aucune plus-value si l’œuvre prend de la valeur pendant le contrat. Ce désavantage est significatif pour les entreprises dont l’objectif est de constituer une collection patrimoniale. Par ailleurs, les sociétés de leasing n’acceptent pas n’importe quelle œuvre — elles exigent des artistes avec une cote secondaire vérifiable sur Artprice, des galeries partenaires accréditées et une valeur justifiable par des références de marché. Un artiste émergent sans cote secondaire, une œuvre achetée directement à l’atelier sans facture galerie, ou une œuvre de valeur inférieure au minimum accepté (souvent 5 000 à 10 000 €) sera inadmissible. Ces contraintes limitent considérablement la liberté de sélection artistique de l’entreprise.
La complexité administrative et un marché peu développé
La constitution du dossier de leasing (bilans, liasse fiscale, documents sur l’œuvre) représente un effort administratif non négligeable. Pour des œuvres de valeur modérée (5 000 à 10 000 €), cette complexité peut ne pas se justifier. Le marché français reste peu développé avec un nombre limité d’acteurs spécialisés, ce qui réduit la concurrence sur les taux et les conditions. Les entreprises intéressées doivent prendre le temps de comparer plusieurs offres, car les conditions (taux, durée, option d’achat, artistes éligibles) varient significativement selon les prestataires.
Pour quelle entreprise le leasing d’art est-il pertinent ?
Après analyse complète, la pertinence du leasing d’art dépend du profil financier de l’entreprise et de ses objectifs.
Profil | Leasing pertinent ? | Raison principale | Alternative recommandée si non |
PME CA 1 – 5 M€, trésorerie limitée | Oui — pertinent | Préserve la trésorerie ; loyers déductibles immédiatement | — |
ETI CA > 10 M€, trésorerie disponible | Partiel — achat direct souvent préférable | Achat direct + déduction IS 238 bis AB offre un actif + économie IS comparable | Achat direct avec déduction IS et exposition professionnelle |
Startup ou jeune entreprise < 2 ans | Difficile — conditions d’éligibilité strictes | Les sociétés de leasing exigent des bilans et une solvabilité démontrée | Location simple ou achat de petites œuvres en numéraire |
Entreprise soumise aux IFRS | Avec précaution | IFRS 16 réintègre le leasing au bilan — avantage hors-bilan annulé | Achat direct ou location simple courte durée |
Dirigeant voulant constituer une collection de valeur | Limité — achat direct préférable | Le leasing prive de la plus-value si l’œuvre prend de la valeur ; option d’achat à valeur résiduelle préfixée | Achat direct via la société avec déduction IS 238 bis AB |
Entreprise souhaitant renouveler sa collection tous les 2 – 3 ans | Oui — très pertinent | LLD ou crédit-bail avec restitution : rotation sans immobilisation de capital | — |
Pertinence du leasing d’art selon le profil d’entreprise — évaluation indicative 2026
L’entreprise qui décore ses locaux sans immobiliser de capital
C’est le cas d’usage idéal du leasing d’art. Une PME de services à forte fréquentation client (cabinet d’architectes, agence de communication, cabinet médical, étude notariale) qui souhaite exposer des œuvres de qualité dans ses locaux pour valoriser son image sans mobiliser de trésorerie. Les loyers mensuels sont budgétés comme des charges courantes, complètement déductibles, et la rotation régulière des œuvres en fin de contrat permet de renouveler l’environnement visuel sans effort commercial de revente.
L’entreprise qui combine leasing et option d’achat stratégique
Une entreprise avisée peut utiliser le leasing comme outil de test patrimonial : elle dispose de l’œuvre pendant 36 mois, observe l’évolution de la cote de l’artiste, et décide en connaissance de cause de lever ou non l’option d’achat. Si la cote a progressé significativement, l’option à valeur résiduelle préfixée représente une acquisition décotéé. Si la cote a stagné ou baissé, la restitution est préférable. Cette flexibilité de décision différée est une caractéristique précieuse du leasing que l’achat direct ne possède pas.
Les profils pour lesquels l’achat direct reste préférable
L’achat direct reste préférable pour trois profils. L’entreprise à fort CA (> 10 M€) disposant de la trésorerie nécessaire : la déduction IS de l’article 238 bis AB offre un avantage comparable au leasing (25 % d’économie IS) tout en constituant un actif patrimonial plein et en préservant la possibilité de bénéficier de la plus-value si l’œuvre prend de la valeur. L’entreprise ou le dirigeant qui cible des artistes à fort potentiel de croissance : le leasing prive de la plus-value — l’achat direct est indispensable pour bénéficier de l’appréciation de la cote. L’entreprise soumise aux IFRS : l’avantage hors-bilan du leasing disparaît avec IFRS 16, ce qui retire le principal argument de bilan du produit.